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La genèse du Prix par Patrick Gobert (5) : Bernard-Pierre Donnadieu
Bernard-Pierre Donnadieu avait marqué de son empreinte le Toit Citoyen par un coup de gueule mémorable une veille de 11 novembre 2005 où Jean Auroux en était devenu le parrain... Il se faisait un plaisir de retrouver l’ancien ministre dans le cadre du Prix qu’il maintenait dans ses objectifs de vie mais le cancer en a donc décidé autrement. Il s’est éteint fin décembre auprès de sa fille Ingrid (actrice) qui continuera à faire entendre la voix des Donnadieu... Une voix qu’il avait plus que prêté (il enregistra bénévolement) au Musée de l’Informatique pour la réalisation de ses audio-guides qui n’ont pas eu le temps de voir le jour avec la fermeture du Toit de la Grande Arche.

Sa voix était caractéristique et lui permit pendant la traversée du désert (son sale caractère et sa grande gueule lui valurent beaucoup d’inimitiés...) qu’il connut, de continuer à faire son métier et surtout de gagner sa vie en doublant de nombreux films étrangers. Il fut la voix, entre autres, d’Harvey Keitel, de Michael Rooker et ses intonations graves, profondes et d’une justesse énorme étaient recherchées par de nombreux réalisateurs de documentaires. Il contribua aussi à de nombreuses lectures et se délectait de ce « bien dire » qui était sa marque de fabrique.

J’ai été impressionné par son professionnalisme et son talent lors de l’enregistrement pour le Musée de l’Informatique qui lui permirent de ne faire qu’une prise. C’était épatant ! Il avait une manière toute particulière de se mettre en bouche n’importe quel texte...
Pour l’informatique, il s’était délecté car il avait un côté « geek ». Sa maison était pleine d’ordinateurs dont la plupart démontés et elle ressemblait à un garage où les pièces et les outils trainaient. Il dépanna bon nombre de ses amis ou voisins qui sont bien orphelins depuis... Comme moi, ils retrouvent aujourd’hui, par hasard à la télé, le son de sa voix dans une série ou un film américain. C’est un étrange sentiment de voir Bernard-Pierre dans le corps d’un autre, surtout depuis sa mort, mais c’est aussi une espèce de complicité avec celui qui nous manque terriblement...

Je le comparais régulièrement à Gabin notamment avec ses rôles de Salengro ou de Galapiat dans Faubourg 36, ce qui déclenchait sa colère, « Les jeunes ne le connaissent pas, faut pas parler de Gabin, tout le monde s’en fout aujourd’hui... », mais cela le touchait aussi au cœur de sa pudeur car il admirait Gabin... Une fois je l’ai entendu se lâcher sur « le vieux », c’était magique. C’était grand, énorme comme on dit de nos jours... Pas d’autre mot...

Ce passionné de boulot connaissait bien le monde ouvrier et c’est pour cette première raison que je l’ai choisi pour faire partie du Jury. Après avoir travaillé dans une usine de bouchons en plastique entre Evry et Courcouronnes (il perdit plusieurs phalanges dans une presse après une nuit du style rodéo qu’il m’a demandé de garder secrète...), il pu s’offrir des études de théâtre à Paris puis à Reims avec Robert Hossein, un autre habitué du Toit Citoyen.... Très vite, il joua des petits rôles avec les plus grands, Polanski, Lelouch, Losey, Verneuil, Annaud, Chéreau....jusqu’à la reconnaissance du métier en 1981 où il éclate dans le Professionnel de Lautner.
Puis il y aura le Retour de Martin Guerre et la Passion Béatrice où Tavernier lui offre un premier rôle. Sa filmographie, malgré le boycott de certains producteurs et réalisateurs, est impressionnante et se compose de près de 50 films et autant de téléfilms où il campa beaucoup de personnages historiques : Napoléon, Jean Jaurès, Jean Monnet, Roger Salengro filmé magistralement par Yves Boisset, son ami fidèle, et projeté en avant première lors d’une Journée Citoyenne mémorable...

La TV le récompensera par deux FIPA d’Or pour les films de Marcel Bluwal (qui lui donna son dernier rôle dans Jeannne Devère, bientôt diffusé), « A droite toute » et « Jusqu’au bout » de Maurice Failvic, l’histoire vraie de Cellatex, usine classée Seveso. Il y joue le rôle d’un médiateur social connu. Bernard-Pierre Donnadieu avait offert l’argent de son prix.... au Comité d’Entreprise. Un geste discret, celui d’un homme sensible, rare ! Il nous manquera définitivement...

C’est par ses paroles que Jean Auroux ouvrit le déjeuner consacré au vote du Prix, catégorie « Experts ». Son hommage fut le premier signe de la fraternité qui régnait autour de la table. Une table que nous retrouverons...au prochain épisode....

Rédigé par Le Toit Citoyen le Vendredi 29 Avril 2011 à 09:08 | Commentaires (0)



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